La sécurité à Bogotá

La sécurité à Bogotá : est-ce une ville dangereuse ?

La grande et éternelle question. On me l’a posé un bon millier de fois, que ce soit des Français curieux d’en savoir plus, de futurs touristes/expats, ou des nouveaux arrivants peu sur d’où mettre les pieds. Cette question est entendue encore et encore concernant toute la Colombie. Mais cela reste bien sur une très bonne question et elle doit être posée.

Je me concentre dans cet article sur la ville de Bogotá, mais je pense que la situation de la capitale peut facilement se refléter sur une bonne partie de la Colombie. Bien sûr il ne faut pas faire de généralité, des endroits sont plus dangereux que d’autres.

Je ne vais pas, au plus grand désespoir de tous les beaufs qui nous lisent, aborder le narco-trafique ou Pablo Escobar. Non, non, s’il vous plaît on saute les vieux clichés, redondants à la longue.

Donc, Bogotá est-elle une ville dangereuse ? Eh bien ça dépend.

Bon celle-là vous l’aviez vu venir je pense. Je vais étoffer un peu mon explication. J’espère ainsi apporter des réponses et convaincre les plus indécis (de venir où pas, ils verront).

Une grande amélioration mais une image qui lui colle toujours à la peau.

Cette image d’insécurité qui colle à la peau de Bogotá (et de la Colombie) date de plusieurs décennies. Il fut un temps où Bogotá était réellement extrêmement dangereuse. Surtout pour les touristes.

Il est néanmoins important de souligner, pour commencer cet article, que la ville de Bogotá a fait un bond en avant monumental vers une ville plus sure.

Les informations à l’international sur Bogotá sont cependant toujours en grande partie pessimiste, les médias se nourrissant des infos populaires sur la Colombie, drogue, narco-trafique, guérilla. Et les séries type « Narcos » n’aident pas vraiment. La perception du pays et de sa capitale reste donc encore grandement négative.

Lire aussi : Pourquoi choisir Bogotá et pas ailleurs ?

 

 

Les chiffres

Si l’on regarde les taux d’homicide, on voit clairement une baisse spectaculaire.  Pour 2018, le taux d’homicide est de 14 pour 100 000 habitants. Le taux le plus bas depuis 39 ans selon El Tiempo! Voilà son évolution sur les 20 dernières années :

taux homicide bogota

Ce chiffre était de 80 en 1993. Cette réduction serait due au démantèlement de plus de 400 organisations criminelles, à l’augmentation des caméras de surveillance dans la ville et au travail du général de police de la ville.  Avec 267 caméras en 2015, la municipalité est désormais passée à 1612 contrôlées 24/24h par la police.

Il est également intéressant de constater les localités (en savoir plus sur le système de localité de Bogotá) avec le plus d’homicides. Suivant ce critère ce sont dans l’ordre Ciudad Bolivar, Kennedy et Suba. Celles avec le moins d’homicides sont Teusaquillo, la Candelaria et Chapinero.

Il semble cependant que les Bogotanais ne se sentent pas plus en sécurité. Une enquête, Bogotá como vamos ? montrent que plus de la moitié des habitants de la capitale ne se sentent pas en sécurité. Ce chiffre à même augmenté ces dernières années.

sécurité bogota

On voit ici que non seulement le taux de citoyens se sentant en sécurité n’augment pas mais également que les chiffres restent alarmants. Des chiffres incomparables avec nos villes européennes.

Les gens se sentent cependant plus en sécurité au sein de leur quartier. 40% s’y sentent en sécurité et pour 34% ce n’est pas le cas. Des résultats un peu meilleurs qu’au niveau de la ville.

Ce qui reste néanmoins le plus alarmant est qu’en 2017, une personne sur trois affirme avoir été victime d’un délit au cours de l’année. L’enquête ne précise pas le type de délit.

Concernant ces délits, la situation de la capitale est extrêmement préoccupante. Le nombre de délits enregistrés est passé de 57 mille en 2015 à 99 mille en 2017. Il a quasiment doublé. La municipalité le justifie cependant par la fusion des registres de deux entités.

Dans la réalité on sait que les chiffres sont significativement plus importants. Une grande partie de la population ne fait pas de « denunciación » (porter plainte) lorsqu’il leur arrive quelque chose. Pour exemple, le nombre de lignes bloquées pour vol selon les opérateurs est de 437 mille en 2017. Or il n’y a eu que 30 milles plaintes. Sans vouloir être trop cynique, c’est devenu tellement normal de se faire voler son téléphone que les gens ne prennent plus la peine d’aller porter plainte. Cela ne sert généralement pas à grand-chose. Selon une enquête, 32% trouvent la procédure trop longue et 23% ne le font pas car ils n’ont pas confiance dans les autorités.

Le délit le plus courant est donc le vol. Il y a 165 plaintes pour vol par jour à Bogotá, sans compter ceux qui ne portent pas plainte. Presque tous les Colombiens se sont fait voler (par agressions) plusieurs fois dans leur vie.  La moitié de ces agressions sont effectuées sans armes, l’autre moitié est divisée entre agressions à l’arme blanche et au pistolet. Quand je dis agression, je parle de racket. Une véritable agression par armes n’arrive que très rarement.

Pour ce qui est du nombre de forces de l’ordre, les Nations Unies ont défini le nombre de policiers moyen nécessaire pour garantir la sécurité et un bon service au citoyen à 320 pour chaque 100 mille habitants.  A Bogotá il est de 238 en moyenne. Ce chiffre est inférieur à la moyenne nationale, ce qui s’explique par l’immense densité de population de la ville. Cependant ce chiffre est en constante augmentation.

Voici une carte qui compare ce taux pour chaque pays du monde.

Dans la vie quotidienne.

Pour vous situer le contexte, je vis à Bogotá depuis un peu moins d’un an et c’est ma deuxième année en Colombie. D’un point de vue personnel, je ne me sens pas en insécurité. Je fais cependant le nécessaire pour ne pas me mettre dans des situations dangereuses.

De mes connaissances à Bogotá (française et colombienne), personne ne s’est fait attaquer au cours de la dernière année. Nous nous sentons tous en sécurité mais en restant sur nos gardes. Nous suivons les recommandations que je vous donne plus bas dans cet article.

Je vis également à côté d’un institut qui enseigne l’espagnol à des étrangers, leurs proposent des activités, etc. Nous discutons régulièrement avec les étudiants (de tout âge et de tous les pays) qui y étudient et je pense qu’il y en a au moins un par semaine qui se fait racketter.

Je vous dis cela pour que vous voyez où est la nuance dans la notion de sécurité à Bogotá. Pour les gens comme moi qui sont expatriés à la capitale, il ne nous arrivera rien dans 99% des situations. Le même pourcentage que dans n’importe quelle ville européenne. Cependant ces étrangers ont beaucoup plus de chance de se faire agresser. Pourquoi ? Nous avons, tout comme eux, des têtes d’étrangers aux yeux des Colombiens. Alors pourquoi eux plus que nous ? C’est qu’ils ne connaissent pas très bien la ville, et ne se méfient pas assez. Un groupe de gens bizarres dans un parc ? Changer de direction. Une rue vide la nuit? Mieux vaut ne pas l’emprunter. Ils ont les réflexes d’Occidentaux qui ne s’appliquent pas ici. Le mot clefs pour être en sécurité est l’adaptation.

Sachez que les zones universitaires et touristiques sont généralement les zones les plus sûres. La présence de polices ou de vigiles d’entreprises privées permet d’y être en toute tranquillité. De nombreuses entreprises ont recours à des entreprises de sécurité privée en Colombie. Cela rend certains quartiers plus sûrs, notamment la nuit.

Pour vous donner un autre cas de vie quotidienne, je vis dans un quartier où je me sens personnellement en sécurité. Pourtant deux fois au cours de ce mois des agressions ont eu lieu devant chez moi. Je pense donc qu’il s’agit d’une combinaison de deux choses. Premièrement ce sont des gens qui ne font pas assez attention. Ils consultent leur téléphone au moment où une moto passe. Le motard voit l’opportunité. Il s’arrête, menace, et repart à toute vitesse avec le portable. Ou l’arrachent des mains au passage. Et deuxièmement ne pas avoir de chance. La variable chance s’applique dans n’importe quelle ville du monde. Malgré toutes vos précautions, il ne faut pas oublier qu’il est possible de ne pas avoir de chance. Être au mauvais endroit au mauvais moment.

Le mieux selon moi est de ne pas être paranoïaque, se contenter d’être prudent et être fataliste en cas d’agression. Donnez ce que l’on vous demande et espérer que cela ne se reproduira jamais. Comme dit précédemment, je connais des gens expatriés qui vivent depuis des années en Colombie et à qui il n’est jamais rien arrivé.

Infos pour les touristes

2 points que je souhaite développer ici.

  1. Bogotá n’est pas plus dangereuse pour une femme seule. Si vous êtes une femme et que vous souhaitez voyager seule à Bogotá, vous n’avez pas plus à craindre que n’importe quel autre touriste. Le risque c’est peut-être quelque « piropo (se faire interpeler dans la rue) mais pas plus.
  2. Chaque fois que des amis viennent à Bogotá, ils se posent l’éternelle question, ou prendre son hôtel/auberge de jeunesse ? Pour vous répondre, si vous souhaitez être proche des restaurants/bars/boîtes de nuit allez à Chapinero. Si vous souhaitez être au cœur du centre historique pour être proche des activités touristiques, allez à la Candelaria. Mais comme précisé plus bas, ne restez pas dans les rues après 9h du soir.

Conseils pour rester en sécurité durant votre séjour:

  • Ne pas « dar papaya »

Littéralement « ne donne pas la papaye ». Cela pourrait se traduire par « ne pas tendre le bâton pour se faire battre ». En gros, ne pas donner d’opportunité aux agresseurs. Vous êtes en Colombie, vous ne pouvez pas vous comporter comme en France. Le but étant de ne pas attirer le regard d’un potentiel agresseur.

Cela signifie donc éviter de sortir votre portable dans la rue (si possible). Ne pas sortir avec une Rolex ou une gourmette tout en or, ou autres bijoux précieux. Faire attention à ses affaires, porter son sac à dos devant dans le Transmilenio et vérifier régulièrement ses poches.

Si vous voyez des gens louches dans la rue, adoptez le réflexe Colombien. Changez de trottoir et ne vous arrêtez pas à coté d’eux, ce genre de petite pratique peut vous éviter des ennuis.

  • Eviter les zones à risques

Que vous soyez un touriste ou un expatrié, il n’y a pas franchement de raison d’aller dans les quartiers sud. Vous allez attirer l’œil comme un aimant avec votre tête de « mono » (personne blanche de peau, étranger donc). Si vous restez dans les zones plus tranquilles la probabilité de se faire attaquer reste extrêmement minime.

Adaptez votre attitude au quartier dans lequel vous vous trouvez. Si vous vous baladez au parc de la 93, vous pouvez être tranquille normalement. Si vous êtes dans des zones peu sûres, restez sur vos gardes.

A titre d’exemple, la Candelaria de jour est très bien pour visiter. Après 9h veillez cependant à ne pas y trainer dans la rue. Les policiers quittent la zone et le nombre de délinquants/drogués augmente sensiblement.

  • Prendre Taxi ou Uber la nuit

Pour éviter tout risque de nuit, commandez un taxi ou un uber via une application. C’est plus sur que d’alpaguer un taxi dans la rue. De plus vous pouvez attendre que votre taxi arrive dans un endroit tranquille. Le taxi vous déposera directement au lieu voulu vous évitant de marcher de nuit dans des quartiers que vous ne connaissez pas forcément. De plus les taxis sont très économiques en Colombie.

Lire aussi :         

  • Répartissez le cash

Lorsque vous retirez de forte somme ou que vous vous déplacez avec beaucoup d’argent, pensez à répartir vos sous. Dans le meilleur des cas entre les personnes de votre groupe. Sinon j’ai personnellement pris le réflexe colombien de répartir l’argent entre mes poches.

Je mets même parfois ma CB dans ma poche arrière au lieu de la mettre dans le portefeuille. Ce sont des petits réflexes qui vous évitent de tous perdre en cas d’agression.

  • Gardez un œil sur votre verre

Un réflexe qu’il faut avoir partout dans le monde et qui s’applique à la Colombie. J’ai connu des personnes à qui on avait mis de la drogue dans le verre. C’est rare mais ça arrive. Toujours surveiller son verre en soirée donc.

  • Ne pas résister en cas d’agression

Surement le conseil le plus important. Les agressions arrivent à Bogotá, il ne faut pas paniquer. La violence gratuite n’est pas répandue ici. Si on vous agresse c’est que la personne à un réel besoin. Donnez-lui ce qu’elle veut et rien ne vous arrivera. Ne discutez pas, il veut votre sac ? Votre téléphone ? Votre montre ou portefeuille ? Donnez-le. Rien ne vaut votre vie.

Les agressions physiques et les morts ont lieu lorsque la victime oppose une résistance. Ne faites pas cette erreur.

En cas d’urgence :

Si malgré toutes ces précautions il vient à vous arriver quelque chose, que faire ?

Il existe des stations de Police dispersées un peu partout dans la ville nommé CAI (se prononce « caille »). Signifiant « Comando de Acción Inmediata », ils assurent la sécurité de leur secteur. Vous pouvez donc allez les voir.

Vous pouvez appeler les numéros d’urgence :

  • Appeler l’ambassade de France : (571) 638 1564
  • Appeler le numéro d’urgence unique Colombien (pompier, urgence, police) : 123

Petit conseil : plusieurs Colombiens m’ont informé de la lenteur des ambulances. Ils conseillent, quand c’est possible, d’emmener directement la personne à l’hôpital en taxi.

Conclusion

Comme vu dans cet article, il est vrai que les homicides ont diminué mais la petite criminalité a augmenté. Il est donc vraie que Bogotá n’est pas une ville très sure. Mais rien qui m’empêche, moi ou les autres expatriés que je connais, de profiter à fond de la ville sans problème. Sans être parano. La vraie violence est extrêmement rare.

Je pense donc que Bogotá est dangereuse si votre comportement l’est. Si vous suivez mes conseils et restez attentifs, votre séjour devrait être des plus paisibles. En revanche il est plus facile de se faire agresser que dans une ville européenne si vous provoquez (sans forcement le vouloir) les agresseurs.

Ne pas venir à Bogotá par peur de l’insécurité est un très mauvais argument selon moi. Ce serait vraiment dommage de ne pas voir la ville pour cette raison.

Après tout, le Pape l’a bien visité en 2017 😉 c’est que la sécurité s’est améliorée !

J’espère ne pas vous avoir démotivé de venir à la capitale Colombienne ! Si vous avez des remarques ou des questions je vous invite à m’en faire part dans les commentaires.

Et pour finir sur une note plus agréable, je vous invite à lire 12 activités originales et sportives entre amis à Bogotá.

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